F. Bettini, G. Molnàr, K. Deville, C. Carrignon, J. Templeraud, P. Cafiero
1er festival Micro Macro, Fontblanche - Vitrolles © René Sauloup

Théâtre d'objet

Présentation

NAISSANCE

Le terme “théâtre d’objet”, largement repris depuis, fut prononcé pour la première fois à l’aube des années 80.

A cette époque, nous cherchions avec nos complices, – le Vélo Théâtre et le Théâtre Manarf -, une appellation commune pour des préoccupations esthétiques et éthiques partagées. Un autre nom pour une pratique théâtrale libérée de la toute puissance du texte et des contraintes imposées par les conventions de la marionnette.

Oh, bien sûr, au moment où nous l’avons vécu, ça n’avait pas encore l’accent de l’épopée ! Mais la légende s’invente avec le récit.

Après s’être perdus sur des chemins de campagne, nous étions enfin tous réunis et nous nous réchauffions autour d’une table. Nous parlions de nos jeunes spectacles, Paris Bonjour¹, L’Opéra Bouffe², Le Pêcheur³, minuscules bricolages pour 50 personnes, sur lesquels nous n’arrivions pas à coller de nom. Et c’est au milieu des verres et des assiettes qui s’entrechoquent, que l’expression « théâtre d’objet” est tombée sur la table de la cuisine.

Sans fracas. Ni majuscule.

Quand on y repense … entre la grandeur du mot théâtre et la petitesse de l’objet, existait un précipice. Et il en fallait, de l’énergie poétique au spectateur pour refermer les lèvres de l’abîme…

Katy DEVILLE et Christian CARRIGNON

¹Paris Bonjour (1979) Théâtre Manarf avec Jacques Templeraud
²L’Opéra Bouffe (1980) Théâtre de Cuisine avec Katy Deville et Christian Carrignon
³Le Pêcheur (1978) le Vélo Théâtre avec Tania Castaing et Charlot Lemoine

ARBRE GENEALOGIQUE

Le théâtre d’objet était né.

Mais il fallait encore lui rechercher une famille. Du côté des fondateurs de la modernité, bien sûr ! Et ils se sont donc inventés des pères : Bertolt Brecht, Tadeusz Kantor, Marcel Duchamp, Max Ernst et les surréalistes, Franquin, Hergé, sans oublier Gaston Bachelard le “poète des lieux ordinaires” et les écrivains du quotidien. Sacrée famille, non ?!

Le cinéma, l’entre-deux-guerres, l’enfance et le plastique des années 60… sont ainsi devenus leur aire de je(ux).

Né de notre temps et de notre société dans une Europe envahie par les objets made in China, le théâtre d’objet s’est nourri de ruptures et de collages. Il est le point de convergence entre le cinéma, les arts plastiques, le théâtre, les marionnettes et la société de consommation.

Sans doute est-ce notre manière à nous d’apprivoiser le monde, de répondre à son morcellement… en recollant les morceaux.

Quoiqu’il en soit, notre théâtre est fait à la main, et son histoire part de nous, d’une histoire sans importance. Celle des petites gens.

Avec nos petits objets en plastique récupérés, objets pauvres, objets de peu, nous bricolons un théâtre de l’intime, et tentons d’atteindre l’imaginaire collectif à travers notre imaginaire.

Ces objets font partie de nos vies. Au premier coup d’œil, on est capable de les reconnaître. Ce sont des objets de reconnaissance. On se reconnaît en eux. Je veux dire qu’ils nous reconnaissent. Et nous leur sommes reconnaissants.

Et comme on les a eus à la maison, tous les jours, objets quotidiens, discrètement pesants sur l’insouciance des jours, ils ont accumulé les souvenirs.

Il suffit de les secouer pour que la mémoire d’une société en tombe. Pas la mémoire des grands évènements, juste la mémoire de l’infra – ordinaire disait Perec ; celle au ras de la vie. Modeste et touchante.

Dans notre théâtre d’objet, on parle des gens. Pas d’autre chose.

Katy DEVILLE et Christian CARRIGNON